Chinoiseries

Chine en photos, infos, reportages et anecdotes d'un journaliste parisien installé à Pékin. Pas exhaustif, mais proche de la réalité chinoise, d'impressions en impressions.

07 juin 2006

JOUETS

Les trois-quarts des jouets du monde sont fabriqués en Chine, la plupart dans la région entre Shenzhen et Canton dans le sud. C'est une région où on peut rouler des heures en voiture et ne voir que des usines et des cités-dortoir. Ils rasent même des collines pour faire des zones industrielles.

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En reportage avec le photographe Samuel Bollendorf (voir le reportage photo sur le site de son agence oeilpublic.com), nous sommes allés à la rencontre des ouvriers/ères de ce secteur. Ce sont des jeunes entre 16 et 25 ans, qui triment 12 heures par jour 7 jours sur 7 à fabriquer nos joujoux de Noël dont les Barbie,  Mickeys et autres Spiderman, dans des usines ressemblant à des camps, dans des conditions très dures. Ils dorment dans des dortoirs de douze dans 20 mètres carrés, gagnent 50 à 80 euros par mois (le prix d'un jouet)  auxquels il faut enlever la nourriture et le logis, après les dépenses courantes il ne reste presque plus rien comme économies. Leurs heures sup sont mal payées quand elles le sont, ils n'ont aucune sécurité sociale, s'ils sont malades trop longtemps, ou enceintes, ils sont renvoyés. Mais ces migrants ont de l'espoir, c'est ce qui les fait vivre.
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Xiaxia du Guizhou, fabricante de Barbie: "si seulement je pouvais m'acheter un téléphone portable".

Je savais tout ça, mais de le voir de près ça fait un choc. On nous a raconté beaucoup de cas d'abus sexuels, de bastonnades par les vigiles quand on réclammait son salaire impayé, de nourriture avariée etc.
La région est lourdement polluée.
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Joli canal d'épuration d'eaux use d'usines, débouchant dans la mer pas loin de Hong Kong.

Je sais c'est déprimant mais il faut être conscient que c'est à ce prix-là qu'on produit nos jouets,  nos téléphones, nos t-shirts,  etc...
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Un pied=une journée de salaire. Elles en font des centaines par jour.
Et encore c'est dans les grosses usines près de Shenzhen qu'on est allés, c'est pire ailleurs.

Posté par abelseg à 17:53 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juin 2006

Rencontre avec Marc Riboud

Rencontre d'un grand monsieur, Marc Riboud. A mon avis le plus grand photographe de la Chine de tous les temps.
Il marche tout lentement dans un hutong, son éternel appareil photo en bandoulière. Voilà cinquante ans qu'il vient en Chine. Il est a présent fasciné par la vitesse du changement, mais n'y porte pas de jugement. Seulement sur les fruits d'un vendeur de quatre saisons: "ses mangues sont chères, mais c'est nouveau à Pékin..."


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Véritable observateur, il s'intègre au paysage sans voyeurisme, et sans perdre son identité non plus. Né en 1923, il n'a jamais arrêté de photographier. Rencontrer un maître comme lui dans une ruelle par hasard, c'est un bonheur et un honneur.

Venu cette année pour recevoir un prix et faire une exposition organisée par les autorités de Pékin, il a été censuré. Pour une photo de 1956 (?) sur laquelle on voit Zhou Enlai rencontrer un ministre indien, à une période de réchauffement. En arrière plan, parmi une dizaine d'autres personnes, un jeune homme rasé: c'est le Dalai Lama, jeune et souriant, invité lui aussi. A l'époque il n'était pas ostracisé par le régime, c'était un invité de marque. Mais comme souvent en Chine, l'histoire est effacée, réécrite par le pouvoir en place. Aujourd'hui personne n'oserait montrer "l'horrible séparatiste" en compagnie souriante des plus hauts dirigeants chinois. La photo a donc été "recadrée" pour en éliminer le Dalal Lama, ce qui a fait beaucoup de peine à Marc Riboud. A deux titres selon lui: 1/ La photo devient moche 2/La censure n'a pas beaucoup changé en cinquante ans…
Il m'a parlé de la formidable faculté d'adaptation et de réadaptation dans ce pays. Dans les années 80, il se souvient que personne n'osait toucher au fax de l'hôtel de Pékin où il était obligé de descendre. Aujourd'hui, une employée de vingt ans scanne et envoie ses photos d'une échoppe dans la rue. Sans amertume, imperturbable comme un capitaine en haute mer, il évoque qu'autrefois il était reçu en hôte étranger distingué, côtoyant Mao et les plus grands, il est aujourd'hui un artiste invité parmi tant d'autres...

Posté par abelseg à 01:54 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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